La IIIe Internationale et le Parlementarisme
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LA III° INTERNATIONALE ET LE PARLEMENTARISME
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La III° Internationale et le Parlementarisme
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La gauche marxiste d'Italie et le mouvement communiste international
La III° Internationale et le Parlementarisme (1)
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La circulaire du C. E. de l'Internationale communiste signée par Zinoviev et publiée dans les N° 8 et 9 de «Comunismo» nous oblige à revenir encore une fois sur la question controversée du parlementarisme. Les premiers mots de la circulaire à ce sujet sont les suivants: «Entre autres questions, la phase actuelle du mouvement révolutionnaire pose de façon impérieuse celle du parlementarisme». Que cela serve de réponse à tous ceux qui prétendent que nous avons fait de la question parlementaire une espèce d'obsession, que nous sommes les seuls à lui accorder une aussi grande importance, alors que c'est une question non de programme, mais de tactique et donc de caractère secondaire.

Nous avons déjà dit à plusieurs reprises que les questions de tactique sont pour nous d'une très grande importance parce qu'elles définissent l'action que les partis doivent mener; s'ils discutent les questions de programme, c'est précisément pour en déduire les directives tactiques, faute de quoi ils ne seraient pas des partis politiques, mais des congrégations de rêveurs.

Ce qui divise la social-démocratie et les communistes n'est pas tant le but lointain que les uns et les autres veulent atteindre, que précisément la tactique, et cette division est si profonde qu'en Allemagne et ailleurs, beaucoup de sang a coulé entre les deux partis: on ne dira pas que c'est là une chose secondaire et de peu d'importance.

Nous sommes d'accord pour admettre que dans la question du parlementarisme, il faut distinguer deux questions. Sur la première, c'est-à-dire sur la nécessité d'abattre le régime parlementaire pour donner tout le pouvoir aux Soviets, il ne devrait pas y avoir de désaccord entre les partis adhérant à la III° Internationale, et donc entre leurs membres parce que c'est là le pivot, l'épine dorsale de son programme. Si nous employons le conditionnel, c'est parce que le P.S.I. se soustrait à ce devoir, qu'une fraction importante de ce parti soutient ouvertement la position inverse et qu'une autre, non moins importante, ne s'est absolument pas rendu compte de l'antithèse profonde qui existe entre régimes parlementaire et soviétique. C'est peut-être parce qu'ils savent que notre parti a sur ce point une position hybride, équivoque, que les camarades de la III° Internationale s'adressent aux autres partis, et ne s'occupent pas du parti italien. Peut-être attendent-ils qu'il sorte de l'équivoque? Ils risquent d'être déçus dans leur attente!

La seconde question est de savoir si «les parlements bourgeois peuvent être utilisés pour développer la lutte de classe»; quand la circulaire affirme qu'elle n'a aucun rapport avec la première, c'est inexact, selon nous.

Si l'on reconnaît qu'il y a une profonde antithèse entre le régime parlementaire et le régime soviétique, on doit aussi reconnaître qu'il faut préparer moralement les masses à en prendre conscience, à se familiariser avec la nécessité d'abattre le régime parlementaire bourgeois et de constituer les Soviets. Les partis qui soutiennent ce programme ne peuvent faire une propagande efficace qu'à la condition de ne pas le dévaloriser de la façon la plus absolue par leur propre action, en acceptant eux aussi de participer au parlement. Cela vaut spécialement pour les pays où une longue tradition a valorisé cette participation et où le crédit dont les parlements jouissent vient précisément des partis qui voudraient aujourd'hui défendre la position inverse à son égard.

Ces partis ont en effet longtemps appris aux masses à donner l'importance principale aux parlements, en prétendant qu'ils détenaient tout le pouvoir d'Etat et que pour s'en rendre maîtres, il fallait absolument conquérir la majorité en leur sein.

Il est à plus forte raison impossible que ceux qui veulent, au moins en paroles, la destruction du parlement bourgeois «de l'intérieur» mènent une campagne électorale commune, sous le même drapeau antiparlementaire, au nom et sous la direction du même parti, avec ceux qui continuent à le considérer du point de vue social-démocratique.

Les exemples que Zinoviev apporte à l'appui de sa thèse ne sont pas convaincants. Le fait que les bolcheviks ont participé aux élections pour la Constituante pour la disperser vingt-quatre heures plus tard ne prouve pas que l'on puisse exploiter le parlementarisme bourgeois en faveur de la révolution. Il est évident que les bolcheviks ont participé aux élections à la Constituante parce qu'ils ne se sentaient pas assez forts à ce moment-là pour les empêcher: autrement, c'est ce qu'ils auraient fait. Mais dès qu'ils se sont sentis assez forts, ils sont passés à l'action. Cette force, ce n'est pas la participation à la lutte électorale qui la leur a donnée ni même révélée, puisque les résultats électoraux n'ont pas été en leur faveur. Heureusement, car au cas contraire, ils n'auraient peut-être pas pu abattre la Constituante.

Nous admettons que l'intervention dans les luttes électorales puisse être utile pour démontrer l'inutilité de la Constituante et de tout parlement, ou mieux, l'utilité de les abattre, mais seulement à la condition de ne pas présenter de candidats. C'est seulement ainsi qu'on peut démontrer efficacement aux masses qu'on est antiparlementaire parce que c'est seulement alors que la pratique concorde avec la théorie au lieu de la contredire comme lorsque l'antiparlementaire aspire à devenir député.

L'argument qui rappelle la participation des bolcheviks à la Douma tsariste avant la guerre n'a pas davantage de valeur, car la situation historique était bien différente et qu'on ne pouvait même pas rêver alors de renverser le régime bourgeois dans un délai bref. Il n'est pas non plus exact de dire que la qualité de parlementaire a favorisé l'oeuvre révolutionnaire de Liebknecht pendant la guerre puisque c'est au contraire elle qui l'a forcé à un premier vote en faveur des crédits militaire. Au reste, il a eu à côté de lui et avec lui bien d'autres militants, tombés depuis en martyrs de la cause, et leur lutte commune s'est déroulée complètement en dehors du parlement, où il n'a pas même été possible de parler.

L'immunité relative que confère la qualité de parlementaire à celui qui en jouit est un argument sans poids pour ceux qui ont embrassé avec foi une cause exigeant un esprit de sacrifice illimité, comme c'est le cas de la cause révolutionnaire. D'ailleurs, quand un député fait réellement oeuvre révolutionnaire, il n'est immunisé contre aucun danger, comme l'exemple du même Liebknecht, des députés à la Douma ou au parlement bulgare le prouve. Quant aux mines que les députés sont supposés poser dans le camp même de l'ennemi et qui sont leurs votes, leurs discours, leurs projets de loi, ordres du jour, voire leurs cris ou leurs coups de poing, elles sont tout au plus de force à faire sauter... un ministère, et il n'y a pas lieu de s'en préoccuper.

Estimant que les antiparlementaires sont des syndicalistes et des anarchistes, le C.E. de la III° Internationale se préoccupe d'admettre ceux-ci dans le Parti communiste pour faire dans une certaine mesure contrepoids aux militants venus des partis socialistes, les seconds étant plus enclins à l'action parlementaire et les premiers à l'action illégale. C'est pourquoi tout en répétant que la véritable solution se trouve hors du parlement, dans la pratique, il conseille l'action parlementaire aux uns et l'union à tous afin de ne pas affaiblir les forces révolutionnaires, ce qui montre qu'il considère au fond que les seconds sont plus efficaces et déterminants que les premiers.

Nous ne voulons pas répéter encore une fois que notre antiparlementarisme est bien différent de celui des syndicalistes et des anarchistes, mais seulement conclure que nous sommes parfaitement d'accord avec le C.E. de l'Internationale pour établir une règle générale dans la question parlementaire. Le C.E. croit peut-être que sa circulaire a résolu le problème, mais nous ne pouvons accepter sa solution qui loin de rien résoudre, laisse les choses telles qu'elles sont, avec toutes les conséquences nocives que cela comporte. La question doit être posée au prochain congrès de la Troisième Internationale, afin que les partis-membres adoptent ses décisions et les appliquent partout avec discipline.

A ce congrès, il ne manquera pas de militants pour exposer toutes les raisons qui, selon nous, devraient inciter l'Internationale à adopter dans la question parlementaire la tactique abstentionniste que nous préconisons.

Notes:
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  1. Paru dans: «Il Soviet», 3e année, N° 11, 11 avril 1920 [back]

Source: «Programme Communiste», numero 58, avril 1973

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