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LA GAUCHE MARXISTE D'ITALIE ET LE MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL
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Content:

La gauche marxiste d'Italie et le mouvement communiste international
1) Deux légendes
2) Ce que veut dire être avec les bolcheviks
3) Les causes de notre désaccord sur la «question parlementaire»
4) Causes de nos désaccords sur d'autres questions tactiques et nature de ces questions
5) Les prémisses de la tactique communiste
6) Théorie, principes, but final, programme, tactique
Notes
Source


La gauche marxiste d'Italie et le mouvement communiste international
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Les historiens qui reconstruisent le passé du mouvement ouvrier et communiste mondial en fonction des humeurs momentanées de l'écurie qui leur fournit l'avoine, se moquant bien de devoir dire un jour blanc et le lendemain noir, après avoir dit vert l'avant-veille, reconnaissent depuis quelque temps que par... une étrange coïncidence, la Gauche en Italie et les bolcheviks en Russie se retrouvèrent d'accord, seuls contre tous, dès le printemps 1920, au moins pour la scission du Parti Socialiste italien, même si pour nous la ligne de rupture devait passer à gauche du maximalisme, alors que l'Internationale jugeait suffisant que le groupe de Serrati rompe avec la droite.

Ce n'est pas là, bien entendu, une grande découverte, car si Lénine condamne dans la Maladie infantile les thèses abstentionnistes, il ajoute aussi:

«Il Soviet et sa Fraction ont raison quand ils attaquent Turati et ses partisans qui, restés dans un parti qui a reconnu le pouvoir des Soviets et la dictature du prolétariat, restent aussi membres du parlement et continuent leur vieille politique opportuniste si nuisible. En tolérant cet état de choses, Serrati et tout le Parti Socialiste italien commettent évidemment une faute qui menace d'être aussi nuisible et dangereuse que celle qui fut commise en Hongrie lorsque les Turati hongrois sabotèrent de l'intérieur le parti et le pouvoir des Soviets (...). Le camarade Serrati a manifestement tort d'accuser d' «inconséquence» le député Turati (...) alors qu'il n'y a d'inconséquent que le Parti Socialiste italien, qui tolère dans ses rangs des parlementaires opportunistes comme Turati et Cie.»

Et dans un autre passage:

«Bordiga et ses amis du journal Il Soviet ont raison d'exiger que le Parti Socialiste italien, s'il veut être effectivement pour la IIIe Internationale, stigmatise et chasse de ses rangs MM. Turati et Cie, et devienne parti communiste de nom et de fait.»

Et Lénine conclut, à propos du «danger» d'une scission des gauches avec les anciens partis à l'échelle internationale:

«Soit. La scission est en tout cas préférable à la confusion, qui entrave le développement doctrinal, théorique, révolutionnaire du parti, qui entrave la maturation du parti et son travail pratique, unanime, véritablement organisé et réellement capable de préparer la dictature du prolétariat.» (1)

Par ailleurs, si la Gauche arriva à cette conclusion beaucoup plus tôt que les dirigeants de l'Internationale, ce n'est pas en vertu d'un don de prophétie, mais de sa connaissance directe du «socialisme» italien. Aussi inclut-elle parmi ceux dont il était urgent de se séparer la grande majorité des maximalistes, qu'elle identifiait aux indépendants allemands et aux «reconstructeurs» français, comme Lénine et Trotsky, Zinoviev et Boukharine finirent par l'admettre durant et surtout après le IIe congrès mondial. Le fait essentiel reste que la Gauche était arrivée à cette conclusion sur la base des mêmes considérations de principe que les bolcheviks dans leur œuvre de restauration intégrale du marxisme, qu'ils avaient mis à la base de la nouvelle Internationale, c'est-à-dire de considérations indépendantes du moment et des individus - mais si les historiens l'admettaient, il leur en coûterait leur avoine, c'est-à-dire l'argent et les honneurs qu'ils reçoivent

1) Deux légendes
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Parmi les légendes dont s'agrémente l'historiographie au service de l'opportunisme (et parfois d'un extrémisme qui ignore jusqu'à l'A.B.C. du marxisme), il en est deux qui frappent par leur énormité.

D'après la première, nous aurions été séparés des bolcheviks par des questions de doctrine et de principe. Une telle légende peut servir à deux fins opposées: nous rejeter parmi les anti-léninistes ou au contraire rejeter les bolcheviks parmi les anti - ou tout au moins les para-marxistes.

D'après la seconde, nous aurions fait partie d'un prétendu «marxisme occidental», d'une «gauche européenne» opposée au «léninisme» considéré comme un marxisme... oriental, et comprenant pêle-mêle abstentionnistes italiens, tribunistes hollandais, kaapédistes allemands, partisans des «shops stewards» anglais, «luxemburgistes» et même ordinovistes (ces derniers sont cités uniquement par certains «anti-staliniens» de pacotille; pour les historiens du P.C. italien comme pour ceux qui se réclament faussement de Trotsky, l'équation gramscisme = léninisme va de soi).

Ces deux légendes ne résistent pas à l'épreuve des innombrables articles, thèses, commentaires du Soviet reproduits à la fin de ce chapitre et que nous invitons le lecteur à lire attentivement en les mettant en rapport avec les textes qui leur ont donné naissance. Le seul «argument» en faveur de la première légende est notre opposition au «parlementarisme révolutionnaire», mais il est très facile de désarçonner quiconque enfourche pareil cheval de bataille. Premièrement, à aucun moment l'abstentionnisme ne fut pour nous la caractéristique distinctive du communisme révolutionnaire, pas plus que le «participationnisme» ne l'était pour les bolcheviks. Deuxièmement, les bolcheviks considéraient la participation aux élections comme une méthode souhaitable, dans certaines circonstances (et dans certaines circonstances seulement), mais uniquement comme renfort de cette action générale visant à détruire l'État bourgeois et toutes ses institutions, qui seule distingue le communisme. Il est donc clair que la divergence entre les bolcheviks et nous n'était pas de doctrine et de principe, mais d'appréciation pratique et tactique.

2) Ce que veut dire être avec les bolcheviks
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Être avec les bolcheviks ou, si l'on veut, «être léniniste», cela signifie admettre comme principe que, comme le disait Lénine dans la Maladie infantile, les «traits essentiels» de la Révolution d'Octobre n'ont pas une portée locale et spécifiquement nationale, ni exclusivement russe, mais une portée internationale, comprise comme «la répétition historique inévitable à l'échelle internationale de ce qui s'est produit chez nous».

Ce sont ces «traits essentiels» qui font du léninisme le prolongement naturel du marxisme, et du bolchevisme, «une plante de tous les climats». Pour accepter ces «traits essentiels», il ne suffit pas de reconnaître que le parti est nécessaire et qu'il doit obéir aux principes de la centralisation et de la discipline, car si l'ordinovisme, dont se réclament les historiens ci-dessus évoqués, ignorait le premier et rejetait le second, le stalinisme lui-même les reconnaîtra; quant aux maximalistes d'alors, ils acceptaient en paroles la nécessité du parti, tout en la niant en pratique puisqu'ils combattaient la méthode de la discipline et du centralisme, dont les anarchistes nous accusaient (et nous accusent toujours) à juste titre d'être les partisans les plus résolus. Il faut encore accepter la direction dans laquelle va le parti, le but final vers lequel il dirige la classe, les principes qui inspirent son action et sa discipline stricte comme instrument de la lutte pour les réaliser. Il faut, sans la moindre faiblesse pour le fétiche de la démocratie, accepter ces principes fondamentaux que sont la révolution, la dictature du prolétariat, avec toutes les conséquences tactiques qui en découlent pour le parti luttant afin de conquérir le pouvoir et de le conserver, et avec toutes les exigences de cohérence théorique, de rigueur tactique et de continuité organisationnelle qui y sont impliquées. Or, sur tous ces points, la pire confusion régnait chez Gramsci comme chez Serrati, quand ils ne les refusaient pas purement et simplement.

L'abstentionnisme avait beau être un point de désaccord avec les bolcheviks, la conception théorique et les principes étaient les mêmes. Par contre, l'électoralisme maximaliste, de même que l'immédiatisme et le socialisme d'entreprise ordinovistes, reposaient sur des bases contraires à celles du bolchevisme, si l'on tient à appeler de ce nom le marxisme restauré.

Nous fûmes les seuls que les bolcheviks purent appeler à la tribune du IIe Congrès pour y exposer nos thèses abstentionnistes, reconnaissant par là, qu'acceptables ou non, elles reposaient en tout cas sur notre base commune et étaient intégralement conformes à la théorie, aux principes et au but final (nous verrons plus loin le sens de ces termes) du marxisme. Et si nous insistons là-dessus, ce n'est pas pour nous élever un monument à nous-mêmes, ni pour célébrer des mérites personnels ou de groupe - ce qui serait stupide - mais pour constater un fait et aider les jeunes militants d'aujourd'hui et de demain à comprendre le cours historique alors ouvert et qui, après avoir été bloqué par la violence et dans le sang, est destiné à se rouvrir.

3) Les causes de notre désaccord sur la «question parlementaire»
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Ce que nous voulions, c'est que le parti s'engage dans la voie que lui traçaient les buts et les principes communistes et que cet engagement soit bien clair aux yeux des prolétaires. C'est justement pour cela que nous nous sommes battus pour qu'on abandonne la méthode électorale, même dans la version du parlementarisme révolutionnaire. En effet, nous savions bien une chose: ce dernier supposait dans tous les cas la plus grande homogénéité du parti dans la défense et la poursuite du but final, mais en Occident - c'est-à-dire dans l'aire du plein capitalisme et de la révolution prolétarienne pure - , cette homogénéité ne pouvait pas être obtenue sans avoir d'abord fait place nette de toutes les illusions, séductions et déviations entretenues depuis des décennies jusque dans les avant-gardes ouvrières par l'infâme tendance légaliste, gradualiste et électoraliste.

Comme Lénine, nous luttions pour préparer une révolution au moins européenne comme prélude à la révolution mondiale et, comme lui, nous voyions en elle la condition sans laquelle la glorieuse dictature bolchevique ne pourrait survivre. C'est justement pour cela que nous demandâmes qu'en Occident, on se montrât plus rigide encore et au besoin plus impitoyable à l'égard du réformisme et du centrisme, en dressant contre ce ver destructeur des barrières qui l'empêcheraient radicalement de pénétrer dans les jeunes partis en voie de formation et donc dans l'Internationale. Or, c'est un fait que dans les pays d'ancienne démocratie (ce que la Russie n'était pas), le Parlement constitue le terrain de prédilection de ce maudit ver.

Nous ne niions pas le moins du monde que le parlementarisme révolutionnaire (qui comportait explicitement, selon la déclaration de Lénine lui-même, le boycottage et des élections et du Parlement dans certaines circonstances) ait été justifié dans la Russie tsariste, c'est-à-dire que dans cette phase et cette aire où la révolution bourgeoise n'avait pas eu lieu, la Douma ait pu être l'arène (d'ailleurs secondaire aux yeux des bolcheviks eux-mêmes) d'un affrontement entre des forces historiques débordant largement le cadre parlementaire, et que la Constituante ait été un pont nécessaire. Nous ne niions pas non plus qu'à une certaine époque, le mouvement ouvrier ait eu raison de pratiquer le parlementarisme révolutionnaire même en Occident, ne fût-ce qu'en opposition à l'apolitisme anarchiste, et nous pouvions d'autant moins le nier qu'en 1913, nous nous étions nous-mêmes battus «contre l'abstentionnisme» (2).

Ce que nous niions en revanche, c'est qu'après une tragédie comme l'effondrement honteux de la IIe Internationale et le passage de la social-démocratie à la tête de la contre-révolution en 1918-19 avec les armes du démocratisme le plus moderne et le plus raffiné, il ait été possible d'assurer la préparation révolutionnaire des masses engagées dans une lutte tumultueuse et la sélection de l'avant-garde communiste tout en se préparant à participer aux élections: une telle participation était en effet inséparable de tout un ensemble de notions et de comportements qui n'était que trop susceptible de dissimuler ou même d'effacer complètement l'opposition de principe existant entre réforme et révolution, gradualisme et communisme.

C'est ce que nous avons répondu (3) à la lettre de Lénine aux «communistes italiens, français et allemands» (4) et à la circulaire de Zinoviev sur «Le Parlement et la lutte pour les Soviets» (5). C'est ce que nous avons répété au IIe Congrès de l'I.C. Seule l'expérience pouvait dire qui avait raison sur le plan tactique; or le bilan de ce qui s'est passé par la suite et que nous souhaitions, mais sans grand espoir, ne pas voir se réaliser (comme nous l'avons dit à Boukharine, rapporteur des thèses sur la question parlementaire) (6), n'a fait que confirmer notre conviction qu'au parlement, on ne détruit rien du tout, qu'on y est tout simplement détruit soi-même. Par ailleurs, n'était-il pas significatif que même au cours de la double révolution russe, il ait fallu dissoudre la Constituante vingt-quatre heures après sa réunion? Quant à la participation à la Douma, précédée d'ailleurs d'une période de boycottage, avait-elle été rien de plus qu'un épisode dans le gigantesque processus de formation et de développement du parti bolchevique?

Certains ont pu penser que notre insistance sur ces points relevait de l'obsession. Mais nous nous appuyions sur un bilan du passé, sur le fait que l'opportunisme s'était toujours infiltré dans les partis occidentaux par l'intermédiaire des groupes parlementaires (plus encore, dira-t-on, par l'intermédiaire des directions syndicales, mais ceci est une autre affaire, et il est clair que, comme les bolcheviks, nous le savions parfaitement) dont le comportement traduisait tout simplement l'influence corruptrice subtile, capillaire, sournoise du milieu démocratique. En Russie, où le croisement de deux révolutions mettait en mouvement toutes les classes, souvent séparées par des frontières d'ailleurs peu marquées; où les institutions démocratiques, historiquement en retard, étaient destinées à disparaître sitôt après leur naissance et où le réformisme à la Kérensky et le «centrisme» menchévique n'étaient rien en comparaison de la socialdémocratie de Noske-Scheidemann et de la social-démocratie «indépendante» de Kautsky-Hilferding, le danger n'était pas grand pour un prolétariat jeune et rude et pour un parti solidement ancré dans les principes comme les bolcheviks; et pourtant, combien d'entre eux furent victimes de la sirène démocratico-parlementaire en février et - pire encore - en octobre 1917! Le péril était au contraire immense, et à juste titre «obsédant», dans les pays qui pouvaient se vanter de posséder, outre une aristocratie ouvrière tout à fait embourgeoisée, un prolétariat exposé depuis de longues années à toutes les suggestions idéologiques de la classe dominante et où, donc, les partis socialistes avaient grandi dans une soumission totale ou presque aux «éternels principes» du démocratisme, dans le meilleur des cas, et aux normes pratiques de la conservation capitaliste, dans le pire.

Comme les faits d'alors et pas seulement les paroles d'aujourd'hui le prouvent, presque toute notre activité théorique et notre propagande furent consacrées à la clarification des principes qui nous étaient communs, aux bolcheviks et à nous-mêmes, pour la bonne raison qu'alors aucun courant ne les avait assimilés, et que sans eux, il n'y a pas de communisme. Dans le cadre d'une concordance absolue sur le fond, nous ne pouvions pas laisser passer les questions secondaires qui, à notre avis, devaient être résolues d'urgence de façon complète, faute de quoi nous risquions d'être entravés à brève échéance dans notre action et, à long terme, de perdre le nord, même sur le plan théorique, comme cela s'est malheureusement produit.

4) Causes de nos désaccords sur d'autres questions tactiques et nature de ces questions
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C'est pour ces mêmes raisons que, dès cette époque et plus encore par la suite, nous avons souhaité qu'on fasse preuve de la même rigueur doctrinale que les bolcheviks en constituant les nouveaux partis ou en en sélectionnant les forces dans les anciens, et même qu'on défende cette rigueur comme une conquête difficile et non comme un simple acquis avec une énergie décuplée, du fait que nous nous trouvions placés dans des situations historiques et face à des organisations politiques moins fluides qu'en Russie, parce que consolidées les unes et les autres sous l'influence corruptrice et débilitante d'une longue tradition démocratique.

La grande force du parti bolchevique avait tenu au fait que son processus de formation s'était poursuivi sans interruption pendant des dizaines d'années. Pendant tout ce temps, il mit la même rigueur à tracer la perspective de la révolution en Russie qu'à défendre dans leur intégralité la doctrine, le but final et le programme du mouvement et au cours des étapes successives, les unes arrivées avant l'heure, les autres prévues, sa praxis fit toujours bloc avec sa théorie.

Cette continuité n'était pas tombée du ciel: elle avait été le fruit de luttes incessantes et de scissions douloureuses, et la fermeté de roc de celui qui en avait été l'artisan n'avait pas suffi à empêcher le parti de donner de la bande lors des grands tournants historiques de février et d'octobre 1917 et aussi pendant les mois et les années qui suivirent, obligeant le pilote à redresser, souvent tout seul, le navire.

A quoi ne fallait-il donc pas s'attendre dans des pays où la crise catastrophique provoquée par la guerre, mais dont les racines étaient plus anciennes, avait brisé le fil rouge de la continuité théorique, programmatique et organisative du mouvement! Renoué avec peine seulement après le conflit dans certains pays, n'ayant jamais existé dans d'autres, ne risquait-il pas de se former sous l'influence d'une mode superficielle et fragile comme toutes les modes, même si certains étaient subjectivement sincères en la suivant? L'Internationale elle-même se le demandait avec inquiétude. Si le réarmement du parti bolchevique avait été possible sans secousses graves, c'est aussi parce qu'il avait derrière lui une longue tradition de lutte illégale; en Occident, il s'agissait au contraire de renverser la tradition créée par des décennies de vie en grande partie parlementaire, de placide légalité dans le cadre d'une démocratie endormeuse et sournoise: il s'agissait d'armer pour la première fois des partis pour qu'ils deviennent révolutionnaires ou de constituer des partis révolutionnaires pratiquement à partir de rien.

Pris dans l'étau mortel d'un isolement forcé, les bolcheviks s'efforçaient désespérément de s'en dégager, sachant parfaitement qu'ils risquaient l'asphyxie (personne n'aurait alors osé parler de «socialisme dans un seul pays»). Il est indiscutable que cela leur fit perdre peu à peu la juste notion de la situation en Occident, qui était encore si vive dans la minorité inflexible de la gauche de Zimmerwald, pendant la guerre et pendant tout le temps d'un exil auquel Lénine attribuait dans «La Maladie infantile» le mérite d'avoir forgé le nerf du parti bolchevique en le mettant en contact avec le mouvement ouvrier international. Car en Occident, les forces saines et vigoureuses du prolétariat européen (et américain) devaient sortir d'un véritable abîme, dans leur élan généreux, mais sans parti doté d'une expérience d'action bien ancrée dans la théorie marxiste pour les y aider.

Nous avons été et sommes les derniers à en rendre les bolcheviks responsables, mais c'est un fait que, eux qui nous avaient pourtant appris à compter non seulement la social-démocratie, mais toutes les formes du centrisme kautskyste parmi les facteurs défavorables, ils appréciaient faussement les rapports de forces dans l'Europe d'après-guerre, où ils croyaient voir quelque chose de très semblable à la «dualité de pouvoir» de la Russie de 1917. Par ailleurs, ils attribuaient aux partis communistes occidentaux, nés récemment soit dans les douleurs les plus déchirantes (Allemagne), soit dans la pire confusion (Italie), soit encore dans la course la plus précipitée et la plus opportuniste pour prendre le train en marche (France), la même cuirasse d'acier qu'au parti bolchevik qui avait eu de longues années pour se former et qui avait travers des mois de révolution valant des années d'expérience. Et inversement, ils n'attribuaient aux social-démocratisme et centrisme occidentaux guère plus de force qu'aux mencheviks et aux socialistes-révolutionnaires russes, dont la débilité avait été la grande chance de la révolution russe, alors qu'en réalité, il s'agissait d'un adversaire très puissant qui constituait le pilier du régime bourgeois d'après-guerre.

Par ailleurs, l'urgence d'une solution révolutionnaire européenne à la crise dans laquelle son isolement plongeait la Russie exerçait sur les bolcheviks une pression inverse, mais dont les effets étaient identiques. Ils craignaient que, nés récemment ou en train de naître, les partis communistes occidentaux ne soient pas capables d'apporter cette solution, non pas à cause de leur faiblesse intrinsèque, mais parce qu'ils n'étaient pas assez enracinés dans les masses, et donc privés de toute influence réelle. Or c'est tout le contraire qui était vrai: là où ils existaient, les partis communistes manquaient d'influence précisément parce qu'ils étaient intrinsèquement faibles; et là où ils étaient en train de se constituer péniblement, ils avaient nécessairement acquis leur force intrinsèque au prix d'une «faible influence» ou plutôt d'une certaine faiblesse numérique, deux choses qu'on confond trop souvent.

Bref, placés devant un mouvement réel, mais qui n'était pas subjectivement assez mûr pour vaincre, les bolcheviks étaient très légitimement pressés. Ils avaient hâte que les partis communistes se forment; hâte qu'ils se mettent à l'avant-garde de masses instinctivement poussées très au-delà des buts que les organisations traditionnelles avaient fixés comme les seuls «réalistes» et «concrets»; hâte que la soudure entre ces partis et les masses se fasse, non sous la forme justement redoutée d'un coup de main hardi, mais impuissant, d'un putsch, mais sous la forme d'une puissante vague révolutionnaire 'branlant les fondements mêmes de la société sous la direction hégémonique du prolétariat Et de fait, une telle soudure, qui ne pouvait naître que de la poussée de forces objectives, aurait offert aux bolcheviks l'occasion tant attendue de sortir de leur «forteresse assiégée». Elle aurait permis aux héroïques prolétaires russes, auxquels Lénine et Trotsky osaient «demander beaucoup parce qu'ils avaient beaucoup donné», de donner à leurs frères d'Occident l'appui peut-être décisif d'une armée lancée à l'attaque, au lieu de devoir se cantonner dans la défensive. Quant à nous, nous voyions, avec angoisse mais lucidité, que la réalité objective était tout autre et ne pouvait être forcée même par la puissante volonté dont l'engagement révolutionnaire actif est capable. Nous savions que le chemin serait malheureusement long et tourmenté, et que l'impatience retarderait le processus au lieu de l'accélérer et, loin de jouer un rôle constructif, agirait comme un facteur de désagrégation. Vue sous l'angle des bolcheviks, la perspective immédiate d'une tactique comme celle que nous défendions pouvait paraître décevante; mais nous estimions qu'à long terme, aussi bien en cas de défaite momentanée que de victoire, le bilan en serait bien autrement positif. Si nous étions partisans de la «rigidité», donc, c'est que nous étions convaincus que le processus de formation de partis communistes dignes de ce nom n'en était qu'à ses débuts; qu'il fallait un travail aussi difficile et tenace que celui du parti russe pour sortir du tourbillon confus d'alors et qu'était inévitable l'affrontement violent avec des partis «ouvriers» qui non seulement étaient passés à l'ennemi, mais le défendaient les armes à la main contre l'assaut du prolétariat et de son organisation mondiale. Scrupules de pureté? Stupide amour de la «tour d'ivoire»? Non: souci d'efficacité pratique!

Cette façon différente de comprendre les exigences objectives du mouvement communiste mondial dans le cadre d'uns totale convergence avec les bolcheviks dans la théorie, le programme et même, dans une large mesure, la tactique, se refléta, comme nous le verrons plus loin, dans une appréciation profondément différente des partis, groupes et courants qui prétendaient adhérer à l'Internationale, de leur évolution prévisible, et des règles auxquelles les affiliations devaient être soumises. Bornons-nous pour l'instant à constater qu'il y eut divergence sur le plan de la tactique (qui est aussi le plan de l'organisation) et à en exposer les raisons.

Nous avons vu plus haut que le «réarmement» du parti bolchevique inauguré par les thèses d'avril n'avait été qu'un rappel énergique à sa véritable tradition, que celle-ci s'était forgée au cours des quinze ans pendant lesquels ce parti avait tenacement défendu les points fondamentaux de la théorie marxiste de la révolution double (révolution que la guerre impérialiste devait rendre plus radicale sans en changer la nature), et que ce réarmement avait pu s'effectuer rapidement grâce à l'inflexibilité de Lénine, ce qui prouve qu'une continuité de parti peut, dans certaines circonstances, et parfois durablement, s'incarner dans un petit groupe de militants et même - sans que cela nous fasse crier au scandale - dans un seul d'entre eux. De retour en Russie, en effet, Lénine avait crié à ses camarades:

«Mieux vaut rester à deux, comme Liebknecht, car cela signifie rester avec le prolétariat révolutionnaire, plutôt que d'admettre, fût-ce un seul instant, l'idée de la fusion [...] avec Tchkheidzé et Tsérételli [...] qui sont tombés dans le défensisme»; «celui qui veut aider les hésitants doit avant tout cesser d'hésiter lui-même». Or que représentaient les défensistes du camp anti-tsariste, en comparaison des social-chauvins occidentaux, qui n'étaient ni un ni deux, mais des milliers? Et que représentait l'hésitation des menchéviks avant et après février, en comparaison de celle des Indépendants allemands ou des maximalistes italiens? En Europe occidentale, il fallait donc être mille fois plus inflexible et, disons le mot, sectaire qu'en Russie, et appliquer la vieille devise chartiste: «Qui n'est pas avec nous est contre nous», car il s'agissait non de réarmer le parti, mais de l'armer pour la première fois.

En 1926, quand se joua le sort de la révolution non seulement russe, mais mondiale, l'opposition bolchevique sentit bien combien le fait que les partis occidentaux aient grandi sous le signe de l'approximation théorique, de l'éclectisme tactique et du changement continuel des méthodes d'organisation affaiblissait sa propre position, mais il était trop tard. Derrière elle, au lieu de partis trempés à la dure école de la rigueur doctrinale, de la continuité d'action, de l'homogénéité organisationnelle, elle n'avait qu'un Occident sans nerf; devant elle, tout naturellement ligués contre le communisme révolutionnaire, des hommes qui, pour entrer dans le Komintern, avaient lavé en toute hâte les taches dont leur chauvinisme, leur parlementarisme, leur gradualisme, leur centrisme ou même leur franc-maçonnerie les avaient marqués. Resté seul, Trotsky ne sut pas tirer la leçon terrible, mais salutaire de ce fait.

5) Les prémisses de la tactique communiste
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Dans le cadre de cette «propédeutique du parti révolutionnaire marxiste», l'abstentionnisme pouvait être une arme, un test, un catalyseur. Des réformistes endurcis comme Cachin ou Sméral pouvaient accepter le «parlementarisme révolutionnaire» quitte à le jeter par-dessus bord le moment venu, les vieux renards de cette sorte sachant bien, eux, que les circonstances se répètent toujours. Jamais ils ne seraient entrés dans le parti, si au-dessus de la porte ils avaient lu « Vous qui entrez, laissez toute espérance», espérance s'entend, de sièges et d'honneurs parlementaires, voire ministériels, à plus longue échéance.

Pas plus que les bolcheviks, nous ne faisions de la «question parlementaire» une question capitale. Ce qui pour nous était capital, comme les textes le montrent, c'était de jeter les bases sans lesquelles il ne pouvait y avoir de parti communiste, en insistant sans cesse sur sa nature, sa fonction, ses tâches pratiques (dans les syndicats, dans les conseils d'usine, dans l'armée, etc.), sur la nécessité de la révolution qu'il dirige et les conditions de sa victoire, sur la dictature qu'il exerce, les interventions despotiques qu'il pratique dans l'économie: nous ne voulions pas qu'on bâtisse sur du sable en croyant bâtir sur du granit.

Pour nous, le problème débordait donc largement les questions tactiques particulières en discussion. Il incluait en effet les principes auxquels, comme Lénine nous l'avait appris mieux que personne, la tactique doit toujours se référer en toutes circonstances, faute de quoi ce n'est pas seulement l'unité de la théorie et de la praxis qu'on jette par-dessus bord, mais le matérialisme historique lui-même. Si nous ne faisions pas de l'abstentionnisme un principe absolu, nous le considérions néanmoins comme essentiel pour la cohérence et l'efficacité de notre action dans ce «duel historique entre le système de la représentation démocratique et celui de la dictature prolétarienne», «question centrale du mouvement communiste international» aussi bien pour les bolcheviks que pour nous, puisque « le succès de la révolution dépendait de la ferme reconnaissance de cette antithèse par une avant-garde solide du prolétariat». (7)

Toute notre lutte pour défendre l'abstentionnisme suit le même fil conducteur; elle renvoie de la contingence à la doctrine et s'appuie sur deux points fondamentaux:

1) Les problèmes tactiques ne se résolvent pas localement. Ils doivent faire l'objet de solutions internationales: a) parce que chaque solution tactique, petite ou grande, nécessite un bilan des forces réelles qui s'affrontent physiquement, et qu'on ne peut faire un tel bilan dans les limites étroites d'un seul pays; b) parce qu'une fois trouvée, cette solution doit constituer pour le parti prolétarien un point fixe.

Le point a) découle de notre conception matérialiste de l'histoire; le point b) renvoie aux bases programmatiques sur lesquelles l'Internationale communiste s'était constituée comme «parti mondial unique du prolétariat», lui-même reflet du caractère international de la lutte de classe réelle. «Un des défauts les plus graves de la IIe Internationale», disions-nous, «avait été la liberté tactique qui avait été laissée aux partis adhérents dans le cadre de leur pays, et qui avait conduit à la liquidation du mouvement», en le ravalant à l'état d' «assemblage informe et hétéroclite de partis n'ayant aucun lien entre eux et partisans de méthodes opposées et discordantes» (8).

Ce point est d'une importance capitale à plusieurs égards. Il montre en effet non seulement que nous n'avions rien en commun avec les anticentralistes qui pullulaient à cette époque dans les pays latins et germaniques d'Europe, mais que nous étions les partisans les plus résolus de la centralisation, qui constitue le caractère fondamental et distinctif du communisme, et la condition sine qua non de l'unité d'orientation et d'action de l'avant-garde révolutionnaire. Il annonce, dès le IIe Congrès, la ferme opposition de notre courant à la reconnaissance d' «exceptions» liées à des «situations nationales particulières», par exemple dans les conditions d'admission, première brèche par laquelle se sont glissées plus tard la théorie et la pratique maudites des «voies nationales au socialisme» et le «polycentrisme», en dépit des clauses restrictives dont elle s'accompagnait alors. Lors des congrès suivants, cette opposition ne fit, bien entendu, que grandir. Ce point explique enfin que nous ayons toujours affirmé énergiquement que les décisions tactiques et même organisationnelles, comme l'abstentionnisme et les modalités de scission d'avec le P.S.I., relevaient non du Parti d'Italie, mais de l'Internationale. Il explique du même coup la raison en apparence mystérieuse pour laquelle, tout d'abord, nous sommes restés si longtemps dans la «vieille baraque socialiste» pourtant bien inhospitalière malgré l'impatience d'excellents militants et pour laquelle, ensuite, nous avons accepté avec discipline les directives du IIe Congrès sur le parlementarisme révolutionnaire malgré des réticences analogues de la base. On voit qu'il s'agissait en fait d'une raison très simple: le centralisme et l'internationalisme sont des questions de principe.

On ne peut pas en dire autant du moment de la scission, ni même de la tactique à l'égard des élections et du parlement, du moins tant qu'elle restait solidement fondée sur les principes antiparlementaires et antidémocratiques, comme c'était alors le cas. Nous étions bien convaincus qu'en Italie et en Europe, il fallait faire la scission non seulement avec la droite, mais avec le centre maximaliste, et le plus «à gauche» possible; mais nous étions tout aussi convaincus qu'il fallait retarder cette scission jusqu'à ce que sa nécessité soit internationalement reconnue et s'en tenir aux critères édictés par le Comintern une fois celle-ci admise, même s'ils étaient moins rigides que nous l'aurions souhaité. De la même façon, bien que convaincus de la justesse de fait et de principe de notre thèse abstentionniste, nous avons appliqué les décisions sur le parlementarisme révolutionnaire dès qu'elles furent prises, et nous avons fermement exigé des récalcitrants qu'ils s'y conforment. C'est le même critère centraliste et internationaliste qui nous a toujours guidés dans toutes nos luttes des années suivantes au sein de l'Internationale, et jamais nous n'avons revendiqué la moindre «démocratie interne», grosse de glissements vers l'autonomie nationale, locale et personnelle. Et quand finalement nous rompîmes avec l'I. C., ce fut pour des raisons de doctrine et de principes, et pas du tout par résistance à la «centralisation» en tant que telle, le communiste ne se rebellant contre elle que si elle est mise au service d'une autre cause que la sienne.

2) Pour les communistes, la tactique à appliquer dans les diverses phases de la lutte des classes «découle» des principes (9). Elle n'est ni un instrument neutre ni une arme indifférente: elle est un aspect organiquement relié à l'ensemble de notre vision du processus historique, de ses phases successives et des facteurs qui contribuent à l'issue révolutionnaire. La tactique peut être heureuse ou malheureuse selon que les rapports de forces auront été correctement appréciés ou non, mais elle ne doit jamais être fixée en contradiction avec le but. Elle est donc déterminée par avance, et la seule chose qui reste à établir, c'est si le moment de l'attaque décisive est venu, ou s'il s'agit seulement de s'y préparer, comme le fait toujours le parti dans son activité ordinaire. Pour nous, le point central est le suivant: le marxisme ne serait rien, ne mériterait pas d'être considéré comme le guide indispensable de l'action révolutionnaire si sa conception scientifique du cours «catastrophique» du capitalisme ne permettait pas de prévoir non certes des détails n'ayant pas plus d'influence sur l'histoire réelle que les météores n'en ont sur la rotation des planètes, mais bien les grandes phases du mouvement et l'alignement des forces en lutte dans un camp ou l'autre. Or le marxisme sait depuis 1848 quelle sera, aux moments cruciaux de la lutte, l'attitude de la petite-bourgeoisie à l'égard des deux principaux adversaires du conflit social, la bourgeoisie et le prolétariat. il sait, avant même d'en avoir fait l'expérience, quel sera l'alignement des différents partis politiques; il sait (Lénine en est la preuve magistrale) quel est le cours que doit obligatoirement suivre la révolution double d'une part, la révolution socialiste pure de l'autre.

D'autre part, le marxisme ne serait rien si le parti ne tirait pas par avance de cette doctrine, les grandes lignes de son propre comportement dans la succession des phases non seulement d'avancée, mais aussi de recul et même de contre-révolution. Que nous ont donné Marx et Engels dans Les luttes de classe en France et dans Révolution et contre-révolution en Allemagne, que nous ont donné Lénine dans Deux tactiques de la social-démocratie ou dans Que faire? et Trotsky dans Terrorisme et communisme, sinon des manuels de stratégie et de tactique universellement valables? Autrement, pourquoi auraient-ils perdu du temps à les écrire?

Vue sous cet angle, la question de l'abstentionnisme se posait comme un «problème tactique et de principe à la fois», qu'il fallait résoudre en prévoyant les répercussions de la tactique du parlementarisme révolutionnaire sur la continuité de la politique du parti, le programme communiste devant être toujours ouvertement proclamé dans les masses et pas seulement impératif pour les militants. Autrement dit, il fallait établir si le parlementarisme révolutionnaire répondait ou non aux exigences d'une propagande, d'un prosélytisme et d'une action visant à détruire les préjugés démocratiques et à préparer l'assaut contre «cette machine à étouffer et à opprimer» constituée par les institutions démocratiques.

C'est dans cette optique que «Il Soviet» du 18-1-1920 se demandait si la participation aux élections apportait une solution utile, non seulement du point de vue de l'efficacité immédiate, mais de la continuité théorique, programmatique et organisationnelle, à un dilemme comme celui qui s'était posé à la Ligue Spartacus au début de 1920: vivre de façon semi-clandestine ou bien «se servir des possibilités que la social-démocratie lui offrait ou plutôt lui imposait comme seule issue». Or le fait même que «la social-démocratie, par ailleurs prête à réprimer les soulèvements communistes de la façon la plus féroce, non seulement permette aux masses d'intervenir largement [dans la bataille électorale], mais les y invite» démontre que «nos pires adversaires ont tout à gagner» d'une telle solution. (10)

On pouvait bien entendu répondre à nos objections (et on y répondit), mais il aurait fallu le faire en se plaçant exactement au même point de vue. Elles pouvaient sans aucun doute être discutées, mais à condition que ce ne soit pas à partir de principes discutables. La discussion avec les bolcheviks eut lieu sur ce terrain, qui n'avait rien à voir avec les préoccupations morales et même esthétiques des anarchistes - manie de la «pureté», «intransigeance» abstraite, phobie du pouvoir et de la politique - ni avec 1' «horreur pour les chefs» des spontanéistes, tribunistes et ouvriéristes. Que ceux qui se réclament aujourd'hui de «l'élasticité» tactique de Lénine pour justifier non pas un parlementarisme révolutionnaire, mais une «voie parlementaire au socialisme» qu'ils considèrent comme obligatoire (Octobre aurait été une exception) essaient donc de nous démontrer qu'ils n'ont pas transformé une tactique discutable en un principe définitif et indiscutable régissant pour toujours la tactique!

Depuis lors, on n'a cessé de nous répéter jusqu'à la nausée: «Vous autres, gauches, vous voulez une marche inflexible sur la voie des principes révolutionnaires. Lénine vous a condamnés en proclamant que la tactique doit être souple, au contraire». Ou encore «Vous mettez tout dans le même sac: théorie, principes, tactique et même (!) organisation». (Le lecteur remarquera comment, partant du parlementarisme révolutionnaire et des modalités de la scission en Italie, la question s'est peu à peu élargie...)

Il s'agit d'établir en quoi consistent respectivement les principes et la tactique. C'est un sujet que nous avons largement traité dans notre travail sur la Maladie infantile (11) et nous pensons y avoir démontré que les séparer, c'est duper le prolétariat. Ce que Lénine dit en réalité, c'est que celui qui sait être inflexible sur les principes, et celui-là seul pourra être souple dans le choix des moyens tactiques. Quand, au IIIe Congrès de l'Internationale (juillet 1921), la question italienne vint sur le tapis, à Lazzari qui rappelait l'affirmation contenue dans un article de Frossard: «il faut être souple et sage», Lénine répondit de façon cinglante: «La première condition du vrai communisme est la rupture avec l'opportunisme. Avec les communistes qui acceptent cette condition, nous serons francs et nous aurons tout à fait le droit et le courage de leur dire: «Ne faites pas de sottises; soyez souples et sages». Mais nous parlerons ainsi uniquement avec les communistes qui ont rompu avec l'opportunisme».

A notre avis, ce n'est pas suffisant, mais c'est clair et sans ambiguïté. Notre mérite, si l'on nous permet d'employer ce mot, fut de répondre à Lénine, il y a maintenant cinquante ans, en notant que l'octroi d'une grande liberté de choix entre plusieurs tactiques et l'apologie de la souplesse présentaient un énorme danger, car se prévalant de cette latitude, des groupes et des partis entiers finiraient par perdre le respect des principes et par les violer, volontairement ou non. Malheureusement, c'est bien ce qui s'est produit par la suite grâce à une ignoble falsification de ce que Lénine, qui avait restauré l'intégralité de ces principes, aurait, selon eux, permis de faire.

Il faut donc bien préciser, pour comprendre en quoi consistaient en réalité les points de désaccord tactique entre nous et l'Internationale (et avec Lénine lui-même), la frontière entre les principes et la tactique, entre le devoir d'être rigide et la possibilité d'être souple.

Dans l'histoire du parti bolchevique, il y a, entre autres pages magnifiques, des pages dirigées contre les «éclectiques» du mouvement révolutionnaire. Ceux-ci disaient précisément qu'on pouvait passer librement d'une doctrine à une autre, à condition qu'en l'agitant parmi les masses, on réussisse à atteindre le but politique du moment, par exemple la chute du tsarisme. Les bolcheviks avaient vigoureusement combattu cette version pas très originale de la trahison opportuniste en défendant la nécessité absolue de la doctrine du parti et de la révolution dont ils avaient toujours été, Lénine le premier, les défenseurs les plus acharnés.

Quand, lors d'un des congrès de Moscou (Lénine était déjà mort), nous donnâmes à notre vive critique de la tactique de l'Internationale la forme d'une accusation d' «éclectisme», nous vîmes les camarades russes se lever indignés. Vous pouvez parler, nous crièrent-ils, de «souplesse», jamais d' «éclectisme». Pour eux, le mot sentait l'injure. Nous n'avions pas alors l'intention de les injurier, mais qu'a donc prouvé le demi-siècle de déceptions qui a suivi, si ce n'est que la souplesse tactique mal conçue devait mener à l'éclectisme le plus grave et le plus honteux dans les principes? Est-ce là du doctrinarisme inutile sur les formules, les termes, les mots? N'est-il pas clair au contraire que si à l'époque, nous avons abouti à nos conclusions par la voie critique, aujourd'hui, c'est tout le bilan historique qui nous y conduit sans doute possible?

Quitte à «sauter» une année d'histoire, prenons dans le discours de Lénine du 1er juillet 1921 au IIIe Congrès de Moscou, Pour la défense de la tactique de l'I.C., ce passage qui pose bien le problème:

«Les principes ne sont pas le but final, ils ne sont pas le programme, ils ne sont pas la tactique et ils ne sont pas la théorie. La tactique et la théorie ne sont pas les principes.»

A tout bout de champ, on discute de la «théorie», des «principes», du «but final», du «programme» du parti communiste et de sa tactique. Lénine nous apprend qu'il s'agit de choses toutes différentes les unes des autres, d'aspects différents, de moments différents de la fonction du parti. Quelle est la délimitation précise de chaque terme par rapport aux autres? Lénine ne développe pas ici toute la question et c'est à l'ensemble des textes qu'il faut demander la réponse.

Le passage cité fournit une illustration extrêmement utile pour éliminer le doute selon lequel deux au moins de ces termes, «but final» et «principes», peuvent avoir une valeur identique. Ceci pourrait sembler exact d'un point de vue formel. Prenons le parti républicain: son principe est que le meilleur régime politique est la république; son but est d'amener tous les États à la forme républicaine. La république est donc le principe et le but du parti républicain. Mais la pensée des républicains - que nous avons prise uniquement à titre d'exemple commode - et, si l'on veut, leur «théorie», ne sont pas dialectiques, mais métaphysiques et idéalistes: les républicains font de la république, comme les libéraux de la liberté, une abstraction située hors du cours historique réel. Il est facile de voir que, pour le communiste dialectique, au contraire, l'identité entre but final et principe n'est pas immédiate.

Lénine dit avec sa clarté pénétrante: «Qu'est-ce qui nous distingue des anarchistes sur le terrain des principes? Les principes du communisme sont l'instauration de la dictature du prolétariat et l'emploi de la contrainte d'État dans la période de transition. Ce sont là les principes du communisme, ce n'est pas son but ultime».

La citation est lumineuse. Le reste, essayons de l'expliquer nous mêmes:

1) Les paroles de Lénine sont en substance les mêmes que celles d'Engels et de Marx dans leur polémique avec les anarchistes «antiautoritaires», pour la défense du principe de l'autorité, de la dictature, de la contrainte, de la terreur, pour réprimer la classe vaincue et mettre en branle le processus de transformation socialiste après la prise du pouvoir. Ces paroles définissent sans possibilité d'erreur les principes propres au communisme.

2)Ces principes sont immuables et on ne peut y déroger. Sinon, comment les thèses de 1871 pourraient-elles converger avec celles de 1921 et de... 1972?

3) Pourquoi ces principes ne sont-ils pas ceux des anarchistes? Parce que pour eux ce qui est thèse de principe, c'est que le prolétariat, sans période de transition, ne doit avoir après la révolution, ni pouvoir, ni gouvernement, ni domination, ni dictature, ni surtout de parti.

4) Pourquoi les principes du communisme ne constituent-ils pas son but final? Parce que par «but final», nous entendons le point d'arrivée de tout le cycle qui conduira à la société nouvelle dans laquelle il n'y aura plus de classes et où il n'y aura ni État, ni pouvoir, ni gouvernement, ni domination politique, parce que tous ces rapports n'existent qu'entre classes différentes. Et alors, bien que nous soyons séparés des anarchistes par tout ce que nous avons dit, nous avons en commun avec eux le but final.

Jusqu'ici, avec le passage cité, c'est Lénine qui nous a guidés directement. Il nous reste à parler des autres termes énumérés par lui, afin de montrer qu'il s'agit de catégories bien distinctes, et d'en donner brièvement le sens.

6) Théorie, principes, but final, programme, tactique
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Posons nos catégories dans l'ordre suivant: Théorie - Principes - But final - Programme - Tactique, et montrons que nos textes de base n'ont jamais manqué de les distinguer, sans toutefois jamais les séparer, pas plus d'ailleurs que Lénine.

La théorie ou doctrine du parti traite de l'histoire des sociétés humaines et de leur enchaînement. Elle comprend le matérialisme historique ou dialectique, la doctrine de la lutte des classes, du conflit entre formes de propriété et forces productives, de la succession des modes de production et. dans ses derniers chapitres, la science de l'économie capitaliste et après la destruction de celle-ci, la genèse de la société communiste. Tous ces points sont rappelés dans les Thèses de la Fraction communiste abstentionniste. (12)

Les principes du parti sont les phases de la doctrine historique qui correspondent à la lutte et à la victoire du prolétariat moderne. Ici aussi, nous renvoyons à ces Thèses.

La théorie caractérise le parti tout autant que les principes, qui sont contenus en elle. Mais Lénine a raison de dire que les principes ne sont pas la théorie: ils n'en sont que la phase contemporaine. L'explication, par la doctrine de la lutte des classes, de la révolution bourgeoise, de l'abolition du servage et de la victoire de la démocratie parlementaire fait partie de la théorie; en revanche, elle ne fait pas partie des principes du communisme. Les Thèses consacrent tout un paragraphe à cette question.

Tout autant que les principes, la théorie est la chair et le sang du parti. Si nous cherchons cela chez Lénine (et à travers Lénine, chez Marx et Engels), nous le trouverons par exemple dans la brochure classique de 1902, Que Faire? où il combat la tendance à la «liberté de critique». Prenons le paragraphe intitulé «Engels et l'importance de la lutte théorique». Lénine s'y dresse, tel un géant, contre les champions de la liberté de pensée qui protestent contre la momification du parti, et il défend le «dogmatisme, le doctrinarisme» dont ils se moquent. On ne peut pas tout citer: «La fameuse liberté de critique ne signifie pas le remplacement d'une théorie par une autre, mais la liberté à l'égard de tout système cohérent et réfléchi; elle signifie éclectisme et absence de principes». Comme on le voit, la condamnation de l'éclectisme ne date pas d'hier. Voilà comment, il y a plus d'un demi-siècle, on soudait les maillons de la théorie et des principes! Lénine déplore qu'on méprise la théorie pour glorifier la pratique. Ecrit-il seulement pour 1902, ou aussi pour 1972? «Quiconque connaît tant soit peu la situation de notre mouvement ne peut pas ne pas voir que la large diffusion du marxisme a été accompagnée d'un certain abaissement du niveau théorique. Bien des gens, dont la préparation théorique était infime ou même nulle ont adhéré au mouvement pour son importance pratique et ses progrès pratiques». Ne semble-t-il pas décrire ici la sale engeance qui, de nos jours, se gargarise de son adhésion au «marxisme-léninisme»? Les super-opportunistes d'aujourd'hui ne font rien d'autre que les opportunistes d'alors, ils spéculent sur la phrase de Lénine disant que la tactique doit être souple, comme ces derniers spéculaient sur la fameuse phrase de Marx: «Toute progression du mouvement réel importe plus qu'une douzaine de programmes». Aux premiers, dont l'effronterie a dépassé historiquement celle de leurs prédécesseurs, nous répondons en cherchant où, pourquoi, dans quel contexte, Lénine a parlé de «souplesse», comme nous l'avons fait ci-dessus et comme il nous a appris lui-même à le faire, puisqu'aux seconds, il répliquait ainsi:

«Répéter ces mots de Marx en cette époque de débandade théorique [la nôtre vaut bien vingt fois celle de 1902 en Russie!] équivaut à crier, à la vue d'un cortège funèbre: cent jours comme celui-ci! [ô maître Lénine, ces cent jours funèbres, nous sommes en train de les voir passer!]. D'ailleurs, ces mots sont empruntés à la lettre sur le programme de Gotha, dans laquelle Marx condamne catégoriquement [c'est Lénine qui souligne] l'éclectisme dans l'énoncé des principes. Si vraiment il est nécessaire de s'unir - écrivait Marx aux chefs du parti - passez des accords en vue d'atteindre les objectifs pratiques du mouvement, mais n'allez pas jusqu'à faire commerce des principes, ne faites pas de «concessions théoriques»».

Et Lénine conclut:

« Telle était la pensée de Marx, et voila qu'il s'en trouve parmi nous qui, en son nom, essaient de diminuer l'importance de la théorie!»

Nous ne voulons pas suivre ici tout le texte (qui rappelle la pensée d'Engels sur les trois formes de la lutte prolétarienne - économique, politique et théorique - en les rattachant de façon géniale à la triade Angleterre, France, Allemagne, avec la célèbre image du prolétariat héritier de la philosophie classique allemande), mais seulement conclure en rappelant qu'à leur retour en Italie après la défaite du fascisme, à laquelle ils n'eurent aucune part, les renégats ont cru se débarrasser de la coriace gauche communiste italienne avec le slogan: «Pas de questions de théorie au sein des masses», ce à quoi nous répondions, comme dans notre récente exégèse de la «Maladie infantile»:
«
Telle était la pensée de Lénine, et voilà qu'il s'en trouve parmi nous qui, en son nom, essayent de diminuer l'importance de la théorie».

Nous en arrivons au troisième moment: le but final. Le but final, c'est la société communiste, avec ses caractères bien précis, opposés à ceux des sociétés passées, fondées sur la propriété privée. Cet aspect de la position du parti est lui aussi fondamental et essentiel: aujourd'hui comme autrefois, notre mouvement y consacre une part prépondérante de son travail, toujours dans la ligne des textes classiques.

Le programme et la tactique, dit Lénine, sont autre chose que les principes et que le but final, mais naturellement ils leur sont étroitement liés dans la fonction du parti. Essayons de définir rapidement ces deux derniers domaines, puisque ce qui nous intéresse ici, c'est l'histoire de la tactique.

Le programme dont il est question dans la phrase de Marx citée ci-dessus est le projet que le parti allemand avait préparé pour le congrès de Gotha (1875) et qui fut soumis à Marx comme celui d'Erfurt le sera à Engels en 1891. La critique de Marx fut extrêmement sévère et ce qui nous importe ici (et que Lénine a rappelé), c'est qu'elle visait les contradictions entre ce projet d'une part et d'autre part la théorie générale du mouvement communiste et cette partie de sa théorie que sont les principes dont dépend la victoire du prolétariat.

Le programme n'est ni la théorie ni les principes, mais il ne peut être en contradiction ni avec elle ni avec eux. Par exemple, Marx raye du programme l'expression «État populaire libre» (Freivolksstaat) parce qu'elle contredit le fait que l'État en vigueur est un instrument de l'oppression bourgeoise (théorie); s'il devient libre, c'est donc sa liberté d'opprimer prolétaires et communistes qui augmente, ce que le parti ne peut revendiquer (principes). Profonde dialectique de Marx!

Qu'est-ce donc que le programme? C'est la perspective de l'action prochaine du parti, au sens historique et non pas immédiat, bien entendu. Le programme concerne l'action pratique, mais il se détruit lui-même s'il admet une action pratique niant la théorie et acceptant donc la victoire de l'ennemi sur notre classe.

La IIIe Internationale s'est trouvée devant un problème: le programme doit-il être national ou international, au moins à l'échelle de l'Europe? A Gotha, le programme était un programme national concernant la lutte du parti allemand de l'époque, ce qui n'empêcha pas Marx de repousser les revendications politiques proposées pour cette étape, dès lors qu'elles contredisaient les principes de la doctrine qui avait déjà pénétré dans l'avant-garde du prolétariat allemand. De même en Russie, en 1902, le Que Faire? de Lénine se termine par un projet de scission du parti socialdémocrate russe. La scission faite peu après, en 1903 (glorieusement à temps), le programme est celui que Lénine développe dans Deux Tactiques, et la formule en est: dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et des paysans. En 1917, elle deviendra, sans cesser d'être conforme aux principes immuables du marxisme: dictature du prolétariat et pouvoir des Soviets.

En Italie, en 1919, nous avions encore sur les bras le programme social-démocrate adopté à Gênes en 1892. Il s'agissait de le changer. La scission n'est utile et possible qu'avec un nouveau programme, puisque « quiconque n'accepte pas le programme ne reste pas dans le parti». Nous avons donné ce programme au parti communiste d'Italie à Livourne en 1921 et ses points n'étaient pas de nature nationale, mais internationale. C'est ce que la Gauche avait voulu et que les ordinovistes ne comprirent peut-être pas. Ils l'appuyèrent néanmoins: s'ils pensaient qu'il aurait fallu mettre dans le programme l'autonomie régionale, la question méridionale et autres revendications de la même idéologie inconsistante, tant pis pour eux, mais la Gauche n'en était pas moins en règle avec l'IC.

La 15e condition d'admission exigeait en effet des partis qui avaient conservé le vieux programme socialiste qu'ils en élaborent un nouveau «dans le sens des décisions de l'Internationale». Et si l'on nous objecte qu'ils devaient le faire «en rapport avec les conditions particulières du pays considéré», nous répondons que les conditions de l'Italie étaient celles d'un capitalisme tout à fait moderne où le prolétariat ne pouvait avoir d'autre programme que la lutte pour la dictature communiste.

Nous en sommes arrivés à la dernière catégorie : la tactique. Mais avant de la traiter, nous rappellerons que c'est nous qui avons obtenu de Lénine et du congrès la classique 21e condition stipulant que «les membres du parti qui repoussent par principe les conditions et les thèses de l'Internationale doivent être exclus».

Eh bien, au nom du parti de toujours, nous disons que selon le programme, selon les principes de Marx et de Lénine, les nationaux-communistes d'aujourd'hui et d'hier «en ont été exclus». Exclus comme serviteurs du capital.

Notes:
[prev.] [content] [end]

  1. Lénine, œuvres complètes, tome 31. Pour le dernier paragraphe, nous avons préféré citer d'après l'édition italienne des œuvres de Lénine, car la traduction française édulcore le texte. Qu'on en juge:
    «
    Soit! La scission vaut tout de même mieux (souligné par nous) que la confusion qui entrave la croissance et la maturation idéologique, théorique et révolutionnaire du parti et son travail pratique, unanime, véritablement organisé et visant véritablement à préparer la dictature du prolétariat.» [back]
  2. Storia della Sinistra, I, p.p. 213-216. [back]
  3. Cf., La lettre à Lénine. [back]
  4. Cf. Salut aux communistes italiens, français et allemands. [back]
  5. Cf. Le parlement et la lutte pour les Soviets. [back]
  6. Cf. note 5 . [back]
  7. Citation d'un chapeau de la rédaction de «Il Soviet» à un article du maximaliste - électoraliste F. Misiano sur le parti allemand paru dans le No 1 (4-1-192O) et tentant de justifier théoriquement le parlementarisme révolutionnaire. [back]
  8. Commentaire de la rédaction du «Soviet» à un autre article de Misiano, paru dans le numéro 3 du 18-1-1920. [back]
  9. Cf. par. 7 [back]
  10. Cf. par. 7 [back]
  11. La «maladie infantile», condamnation des futurs renégats, Editions Programme communiste, 1972 (en italien, 1964). [back]
  12. Cf. «Défense de la continuité du programme communiste», p. 17-26. [back]

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Source: «Programme Communiste», numero 58, avril 1973

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